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Vis ma vie d’aide-soignant en EHPAD


Trop peu souvent mis en avant, le métier d’aide-soignant est pourtant essentiel au bon fonctionnement des EHPAD. Présentation de la formation, des débouchés, des enjeux et des évolutions de ce métier qui mérite une réelle reconnaissance.

 

Ils sont en quelque sorte les anges gardiens des patients. Les aides-soignants, les « AS » dans le jargon hospitalier, sont  2 294 à exercer dans le Bas-Rhin et 1 771 dans le Haut-Rhin, pour un total d’environ 400 000 en France. Un chiffre qui, selon la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DRESS), ne cesse d’augmenter depuis
10 ans et devrait poursuivre son ascension dans les prochaines années ; ce qui en fait un métier porteur d’emplois et une réelle opportunité d’insertion professionnelle. 

 

Un statut temporaire officialisé

La catégorie professionnelle des aides-soignants a été inventée de toutes pièces par l’administration hospitalière en 1949, par crainte de se retrouver privée de personnel. Elle est la conséquence de la professionnalisation des infirmiers, qui dès 1946 ne pouvaient plus simplement être formés sur le tas, mais devaient impérativement être en possession d’un Diplôme d’Etat. Dès lors, face à la nécessité d’aider les patients dans leurs besoins élémentaires, la catégorie des aides-soignants a été créée afin de déléguer ces tâches à un personnel spécialisé. 

 

Ce statut provisoire est devenu formel en 1956, avec la mise en place du Certificat d’Aptitude à la Fonction d’Aide-Soignant (CAFAS) obtenu à l’issue d’une formation pratique de 10 mois. Le CAFAS est devenu lui aussi obligatoire en 1960, et afin d’améliorer le recrutement des aides-soignants, un BEP Sanitaire et social est instauré en parallèle.

 

Progressivement, la durée de la formation et le titre du diplôme changent, et les possibilités d’exercice évoluent. Ainsi, si plus de 70% des AS travaillent en clinique ou en hôpital, ils sont de plus en plus souvent recrutés en centres de soins et en établissements spécialisés pour personnes âgées, comme les EHPAD pour les aînés dépendants. Les AS peuvent également travailler au domicile des patients.

 

Rôle des aides-soignants 

Le rôle de l’aide-soignant est de dispenser, en collaboration avec l’infirmier et sous sa responsabilité, des soins de prévention, de maintien, de relation et d’éducation à la santé pour préserver et restaurer la continuité de la vie, le bien-être et l’autonomie du patient.

 

Les aides-soignants effectuent donc ce qu’on appelle des « soins relationnels », en assurant l’hygiène et le confort des patients et en leur apportant leur soutien pour tous les actes essentiels de la vie quotidienne. En cela, ils sont sans doute ceux, parmi le personnel de santé, qui sont le plus proche des patients. Ils sont placés sous la hiérarchie des infirmiers, des infirmiers-coordinateurs, des cadres de santé et du directeur d’établissement. 

 

« Les aides-soignants accueillent et installent les résidents dans leur chambre. Ils prennent en charge tous les soins de base : la toilette, le lever, le coucher, l’habillage et le déshabillage ; et tout ce qui est accompagnement : à la salle à manger, pour les pauses pipi… Ils préparent les plateaux repas 3 fois par jour et aident les résidents à manger. Ils doivent répondre à la sonnette, mais aussi aux questions des familles. Et parfois ils sont amenés à gérer les conflits entre les résidents, entre les résidents et leur famille, ou entre la famille et les soignants », décrit Rachel Jaeger, infirmière-coordinatrice à l’EHPAD Bel Automne, à Drusenheim, et elle-même ancienne aide-soignante en gériatrie.

En tant que soutiens des infirmiers, les AS sont aussi amenés à pratiquer certains soins, comme prendre la température, vérifier et changer les pansements et drains, prendre le pouls ou veiller à ce que les patients prennent leurs médicaments. 

 

Comme tout personnel hospitalier, les AS peuvent travailler de jour comme de nuit. Leurs missions sont donc variables, comme en témoigne Delphine, aide-soignante à l’EHPAD Béthel de Mittelhausbergen en horaire de nuit depuis 3 ans : « On prend les transmissions, c’est-à-dire ce qui est arrivé durant la journée ou les jours précédents pour savoir ce qui s’est passé, s’il y a eu des problèmes, des hospitalisations, etc, et adapter notre mission de surveillance. On fait notre tournée, on vérifie si les changes sont saturés. Après notre tournée, on est en veille : on est là pour répondre aux sonnettes en cas de chute, de malaise etc. Mais dans d’autres EHPAD, comme au Centre Hospitalier Départemental de Bischwiller [CHDB] où j’exerçais avant, les AS de nuit peuvent être amenés à préparer les perfusions et les médicaments pour le matin, à faire le ménage, à ranger les protections et les affaires des résidents, etc. Sur 10h de nuit, 9h45 sont travaillées ».

 

Qualités requises et formation

A ces titres, il est attendu d’un aide-soignant qu’il ait une grande capacité d’écoute, le sens du contact, et qu’il aime venir en aide aux autres. Il doit être patient, compréhensif, mais aussi rigoureux et avec une certaine force physique, car il est régulièrement amené à porter et transporter les patients. Enfin, l’AS doit savoir s’intégrer et s’organiser au sein de l’équipe hospitalière. « Les AS sont la 1ère personne que les résidents voient le matin, et la dernière qu’ils voient le soir, il faut donc que l’AS ait toujours le sourire, c’est très important », complète Magaly Haeffele, Directrice générale du CHDB, en charge notamment de 6 EHPAD dans lesquels travaillent 150 aides-soignants.

 

Mises à part ces prédispositions, la seule condition pour s’engager sur la voie pour devenir AS est d’avoir 17 ans révolus, et ensuite, de réussir l’examen d’entrée dans l’un des centres de formations du territoire, qui permet d’obtenir le DEAS, le Diplôme d’Etat d’Aide-Soignant obligatoire pour exercer.

 

En Alsace, il existe 15 écoles formatrices, rattachées chacune à un hôpital : ce peut être des IFAS (Instituts de Formation d’Aide-Soignant), comme à Bischwiller, Ingwiller, Strasbourg et Wissembourg ; ou des IFIS (Instituts de Formation en Soins Infirmiers), comme à Haguenau, Saverne, Sélestat et Strasbourg.

 

Si l’accès à l’examen d’entrée en centre de formation n’est conditionné par aucun diplôme, le fait d’être titulaire de certains diplômes, comme le Bac, le BEP CSS, le BEPA services ou le CAP petite enfance, permet d’être dispensé de certaines épreuves écrites d’admissibilité. C’est aussi le cas pour les candidats qui ont effectué une année d’étude d’infirmier mais n’ont pas été admis en 2e année. 

 

Entre 2000 et 2012, le nombre d’inscrits pour suivre cette formation a plus que doublé. A noter que le taux de réussite avoisine les 90%, et que le niveau scolaire à l’entrée de la formation d’AS est de plus en plus élevé: 43% des candidats sont des bacheliers.
Il est également possible de devenir AS suite à une validation des acquis et de l’expérience, qui permet de reconnaître les années d’activité salariée ou bénévole en lien direct avec le contenu du diplôme.

 

S’il le souhaite, l’AS a la possibilité de se réorienter ou de monter en grade. Ainsi, il peut suivre une formation continue pour devenir assistant de soins en gérontologie ; ou, s’il préfère les tout-petits aux personnes âgées, il peut passer le diplôme pour devenir auxiliaire de puériculture ; et des passerelles existent vers le métier d’aide médico-psychologique. De même au bout de 3 ans de service, un AS peut se présenter au concours d’entrée d’une école d’infirmier et suivre sa formation tout en continuant à percevoir un salaire. 

 

1er emploi et salaire

Dans tous les cas, à la sortie de l’IFAS ou de l’IFIS, l’accessibilité à l’emploi est quasi-immédiate pour tous, et ce malgré l’augmentation du nombre d’aides-soignants sur le marché du travail : 

- 80 à 85% trouvent un 1er emploi en moins d’un mois

- 95% des AS occupent un emploi stable
3 ans après l’obtention de leur diplôme.

 

Enfin, « un aide-soignant en début de carrière touche une rémunération de 1567 € nets avec deux indemnités de dimanche ou jour férié dans le mois, et en fin de carrière son salaire s’établit à 2544 € nets. Les aides-soignants titulaires de la fonction publique hospitalière perçoivent l’équivalent d’un 13e mois avec le versement de la prime de service », détaille la directrice du CHDB.

 

Un métier au cœur des enjeux sociologiques

Selon l’Agence Régionale de Santé, le Bas-Rhin compte 113 EHPAD et le Haut-Rhin 73. Ils disposent au total de 15 822 places installées pour personnes âgées, selon la répartition suivante :

- 10% des plus de 75 ans

- 6% des plus de 85 ans

- et plus d’un tiers des plus de 90 ans (les autres vivant toujours à domicile).

 

« A l’époque, on parlait de mouroirs, c’est-à-dire des chambres de 5-6 lits où les gens venaient en toute fin de vie », se rappelle Rachel Jaeger, qui a commencé à exercer en tant qu’aide-soignante il y a 30 ans.
« Après, il y a eu une évolution positive vers les longs séjours et les maisons de retraite. Aujourd’hui, ces maisons de retraite sont devenues des EHPAD, les résidents sont des personnes dépendantes, moins valides, qui ont besoin de plus de soins, de plus d’aide, et de plus de personnel pour une prise en charge correcte ». En effet, toujours selon la DRESS, actuellement 83% des résidents en EHPAD ne sont plus autonomes, et 70% sont atteints d’une pathologie de type démence, c’est même devenu le principal motif d’entrée. Leur temps de séjour est en moyenne de
2 ans et demi. 

 

Et cela ne va pas aller en s’arrangeant. Le vieillissement de la population alsacienne (autant que de la population française), qui a commencé au cours de la décennie 1980, va s’accélérer dans les années à venir. En cause : l’augmentation de l’espérance de vie et l’arrivée à l’âge de la retraite des générations du baby-boom.
Ainsi, l’INSEE estime qu’en Alsace, entre 2005 et 2020, la population des plus de
60 ans aura augmenté de 45%, et qu’en 2020, l’Alsace comptera 23% de personnes âgées dépendantes en plus par rapport à 2005. 

 

Plusieurs solutions à trouver

Plus que jamais, les établissements de soins ont donc besoin de personnel ; or, certaines mesures font craindre, à l’inverse, une réduction de moyens humains et financiers dans les EHPAD. C’est la raison pour laquelle une grève inédite a mobilisé les soignants le 30 janvier dernier. 

 

Ce qui a mis le feu aux poudres : la réforme du financement des EHPAD, qui prévoit d’aligner les dotations accordées aux EHPAD sans distinction, qu’ils soient publics ou privés, qu’importe leur taille, leur localisation, leurs éventuels avantages fiscaux ou encore le degré de dépendance de leurs résidents. Or ce sont ces dotations (« soins » et « dépendance ») qui servent à rémunérer les aides-soignants.

 

« La réforme se voulait juste et équitable au départ, mais en réalité elle a un effet pervers de nivellement par le bas », estime Magaly Haeffele qui, en tant que directrice d’EHPAD publics, se retrouve parmi les plus lésés de la réforme. « Cela risque d’entraîner une diminution de moyens, nous craignons qu’on nous supprime des postes, or les AS sont déjà trop peu nombreux », complète l’infirmière-coordinatrice de l’EHPAD public de Drusenheim. « Notre métier c’est prendre soin de la personne, mais avec tout ce qu’on a à faire, on n’a plus le temps pour rien, les résidents sont frustrés et nous aussi », ajoute Delphine. Selon elles, des solutions existent, comme une valorisation des métiers en lien avec les personnes âgées dépendantes, via des incitations financières par exemple, ou une augmentation des quotas d’élèves au sein des centres de formation d’AS, notamment en milieu rural. 

 

Toujours est-il que même en grève, ces petites mains des hôpitaux, souvent invisibles, trop peu reconnues, n’ont pas laissé tomber leurs patients pour autant.   


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