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Les portraits de Barbara


Auteure du livre Läwe ìsch schon widersch, et amoureuse de ses racines alsaciennes, Barbara Stern immortalise les traditions d’un monde rural sur le point de disparaître. A travers son exposition Portraits de campagne, elle rend hommage aux anciens de la Communauté de Communes de la Basse-Zorn, et à leur savoir-faire. 

 

D’où vous vient votre attachement pour les traditions alsaciennes ?

Barbara Stern : J’ai toujours aimé l’ancien. J’ai eu un rapport particulier avec mes grands-parents qui me racontaient leur vie d’autrefois, ce qui a attisé ma curiosité pour l’Histoire. Je trouve que c’est important de savoir d’où on vient, et où on va. 

Vous avez décidé de rendre hommage aux anciens de la Basse-Zorn. Comment vous est venue cette idée ? 

B. S. : Je ne suis pas originaire de ce coin, mais en y passant, j’ai remarqué que les traditions y étaient encore plus ancrées qu’ailleurs. J’ai vu un vieillard qui labourait ses champs avec 2 chevaux ! Je me suis dit qu’il fallait que j’immortalise ça. Je suis partie à sa recherche, j’ai mené un travail d’enquête, et il a accepté que je le suive pour le photographier. Puis au gré des balades, j’abordais les habitants. Ils étaient heureux de pouvoir parler d’eux et de ce qu’ils savent faire. A travers cette exposition, j’ai voulu plaquer un visage de l’Alsace en train de disparaître. C’est un travail de mémoire pour les générations futures, car dans 10, 15 ans, ces images auront disparu du paysage !

 

Qui sont ces personnes ?

B. S. : J’ai par exemple rencontré Frida, de Gries. Elle a 92 ans, et confectionne encore des petits biscuits de soldats, qui étaient calibrés de façon spéciale durant la Guerre de 14-18, pour être envoyés au Front. C’est fascinant de trouver quelqu’un en 2018, qui les fait encore ! J’ai photographié des scènes de la vie rurale : un fermier qui nourrit ses lapins, un maraîcher avec ses pommes de terre, etc. Il y a plein de secrets d’autrefois qui sont en train de se perdre. 

 

On pourrait prendre vos portraits pour des portraits d’antan. 

B. S. : Oui c’est voulu ! J’ai retravaillé ces photos pour leur donner cet aspect ancien. Elles pourraient dater de 1940, mais non, elles datent de 2017. C’est assez déroutant car ce sont des photos actuelles, c’est fait pour brouiller les pistes du temps et montrer que tout n’a pas changé. 

 

Les textes qui accompagnent vos photos sont en alsacien (mais aussi en français), comme une partie de votre livre. C’était une évidence pour vous ? 

B. S. : L’alsacien est ma langue maternelle, ma langue de cœur. Ce qui est profond pour moi sort en alsacien. C’était une évidence que ces vieilles personnes soient associées à ce dialecte. D’ailleurs toutes ces rencontres ont été faites en alsacien. Ce dialecte joue un grand rôle, les gens sont confiants quand on leur parle en alsacien, et se dévoilent plus facilement. J’ai également traduit ces textes en français pour ouvrir davantage l’exposition.

Une fois qu’on n’aura plus ce dialecte, on ressemblera à toutes les autres régions. Certaines, comme la Corse, se sont réveillées bien plus tôt que nous pour sauvegarder leur langue. J’ose espérer que l’alsacien se transmettra encore ! 

 

Une fois décrochée, que deviendra cette exposition ?

B. S. : J’ai l’idée d’en faire un livre de textes et de photos. J’ai d’ailleurs été contactée par plusieurs maires qui me proposent de réaliser des projets similaires dans d’autres coins. 

 

Et vous, quels sont vos projets pour la suite ? 

B. S. : Des projets, j’en ai beaucoup ! Ce n’est qu’une question de temps et d’organisation. Je vais bientôt enregistrer une chanson en alsacien, pour un album collectif d’artistes locaux. Cela s’ajoute à mon travail de sauvegarde de la langue. 

 

L’exposition Portraits de Campagne, de Barbara Stern, est visible jusqu’au 15 mai, à la Maison des Services de la Basse-Zorn au 34 rue de La Wantzenau à Hoerdt.  


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