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Le Service Militaire Volontaire : pour qui ? pourquoi ?


C’est dans le Grand-Est, à Montigny-lès-Metz, que le 1er régiment du Service Militaire Volontaire (SMV) a été créé. Cet engagement, qui conquiert de plus en plus d’Alsaciens, n’a pas grand-chose à voir avec son ancêtre obligatoire. Explications.
 

Alors que la possibilité d’instaurer un service national universel, promesse d’Emmanuel Macron lors de sa campagne, suscite de plus en plus de réserves, le 22 février prochain, cela fera exactement 22 ans que le Président Jacques Chirac réformait le service militaire obligatoire. 

 

Bref historique

Si sous l’Ancien Régime, tout homme libre est par définition un soldat, le service militaire n’est réservé qu’à des volontaires. Néanmoins, lorsque leur nombre est jugé insuffisant pour constituer une milice royale, il est procédé à un tirage au sort, à l’aide de billets blancs et noirs, parmi les hommes de 16 à 45 ans. Ce tirage au sort, instauré par Louis XIV, peut être considéré comme l’ancêtre du service militaire que l’on connaîtra plus tard ; il oblige ces hommes à servir leur Roi pendant 5 ans.

 

Mais c’est au moment de la Révolution française, en 1793, qu’émerge vraiment la conscription, ou service militaire obligatoire, par la levée de 300 000 hommes. Bien que la conscription soit vivement contestée par le peuple, une loi est décrétée le
5 septembre 1798, qui précise que « tout Français est soldat et se doit la défense de la patrie ». Ainsi, chaque homme devait être soldat entre ses 20 et ses 25 ans, quelles que soient ses motivations ou aptitudes au combat. Cette loi Jourdan est le texte fondateur du service militaire moderne. Bien que la possibilité de se faire remplacer (moyennant paiement) soit prévue à partir de 1802, la pression populaire et le nombre important de réfractaires conduisent à la suppression de la conscription en 1815.
Mais cela est de courte durée : en 1818, elle est remise au goût du jour, sur la base d’un tirage au sort conduisant à un engagement de 6 ans. En 1829, la durée passe de 6 à 8 ans. 

 

En 1872, le Marquis de Chasseloup-Laubat présente le service militaire comme une nécessité sociale contribuant à l’unité nationale, indépendamment de la nécessité de défendre le sol français. Il promulgue une loi qui impose un service national de 5 ans pour tous les hommes (hors dispense, et sur tirage au sort).

 

En 1905, le Ministre de la guerre met fin au tirage au sort, et impose un service militaire personnel et obligatoire pour tous, d’une durée de 2 ans, et sans dispense possible. Cette loi marque l’origine du service national en vigueur sous la 5e République. Au gré des guerres, la durée de l’engagement varie plusieurs fois, jusqu’à se fixer à 10 mois en 1993.

En 1997, sous la présidence de Jacques Chirac, le service national est réformé : la conscription est suspendue pour tous les jeunes nés après 1979 et est remplacée par la JAPD, la Journée d’Appel de Préparation à la Défense. C’est aussi le début de la professionnalisation de l’armée.
Le 28 juillet 2015, sous la présidence de François Hollande, une loi est promulguée qui crée le Service Militaire Volontaire (SMV). Elle est rapidement suivie par la création du 1er régiment à Montigny-lès-Metz, avec l’ouverture de son centre en octobre 2015.

 

Le Service Militaire Volontaire, c’est quoi ?

Le SMV est donc un nouveau dispositif militaire, un tremplin dont le but est l’insertion professionnelle et sociale de jeunes en difficulté et éloignés de l’emploi.
Le SMV n’a donc pas grand-chose à voir avec le service militaire obligatoire et ne correspond en aucun cas à son retour, même choisi, parmi les rangs des jeunes Français. « L’objectif du SMV est complètement différent », souligne le Lieutenant-Colonel Christian Dugast, chef du centre SMV de Montigny-lès-Metz. « Certes l’encadrement est militaire, mais le but n’est pas de former des gens au combat ». 

 

En réalité, le SMV s’est plutôt inspiré du Service Militaire Adapté (SMA). En place depuis 1961, il s’agit d’un dispositif d’insertion socioprofessionnelle, mais qui concerne uniquement les jeunes d’Outre-Mer. Or, le SMA est un succès qui ne demandait qu’à être transposé en métropole : En 2016,
5847 jeunes, répartis dans 8 centres de formation, ont pu bénéficier du SMA ; et à l’issue de cet engagement, 77% des stagiaires ont réussi à s’insérer dans la vie active (emploi décroché ou poursuite de formation qualifiante).

 

1ère expérimentation près de Metz

Le SMV est donc, depuis 2015 et jusqu’à fin 2018, en expérimentation en France métropolitaine. 

 

Le 1er régiment à avoir été créé se trouve en Moselle, à Montigny-lès-Metz.
« Nous sommes le régiment pilote. Nous existons depuis octobre 2015, nous avons expérimenté les procédures, l’organisation et la structure pour les suivants », indique le Chef de corps. Plusieurs autres ont été engendrés depuis : un 2e régiment à Brétigny-sur-Orge en Essonne (novembre 2015), puis un 3e à La Rochelle (janvier 2016). Et tout récemment, deux centres ont été créés à Brest (novembre 2017) et à Ambérieu-en-Bugey dans l’Ain (janvier 2018).

 

De plus, depuis un an, le Grand-Est disposé également d’une unité détachée à Châlons-en-Champagne. Le régiment et le détachement de notre grande région comptabilisent à eux deux le plus gros volume d’engagés volontaires de France. Ils viennent d’atteindre les 900 engagés depuis 2015, avec pour cible désormais d’accueillir 500 volontaires par an, contre 100 à 150 dans les autres centres.
L’Etat-Major se trouve quant à lui à Arcueil, au sud de Paris, et est dirigé par le Général Pillet.

  

Qui sont les volontaires ?

Le constat était le suivant : de nombreux jeunes basculent chaque année en situation de décrochage, n’ont ni diplôme ni qualification, et ne parviennent pas à trouver d’emploi. Le Président de la République a donc décidé de confier à l’armée la mission de répondre à cette problématique de la formation des jeunes, comme étant leur contribution à la cohésion sociale nationale. Le SMV est donc destiné aux jeunes de nationalité française (car il s’agit d’un statut militaire). Ils doivent être âgés de 18 à 25 ans, avoir peu ou pas de diplômes et être à la recherche d’un nouveau départ. 

 

Deux profils se distinguent :

-Le volontaire stagiaire n’est pas ou peu diplômé et au chômage avant son intégration. Un contrat de 8, 10 ou 12 mois lui sera proposé, avec une rétribution de 317 € nets par mois.

-Le volontaire technicien est diplômé mais recherche une 1ère expérience professionnelle. Un contrat de 12 mois renouvelable lui sera proposé, contre une rémunération mensuelle de 750 € nets.

La proportion est de l’ordre de 85% de stagiaires et 15% de techniciens ; et 25% des engagés sont des jeunes femmes.

 

« Avant d’être au SMV, j’ai fait des études et quelques boulots dans le social, puis ça s’est interrompu, je me suis retrouvé avec rien », raconte Thomas, 24 ans, volontaire stagiaire originaire de Delme en Moselle.
« Mon objectif était de me donner les outils pour pouvoir repartir vers un nouveau milieu. Or le SMV propose justement une formation, pour apprendre un nouveau métier ».

 

Le jeune homme était au chômage depuis 4 jours lorsqu’il entend parler de ce dispositif, via la Mission Locale qui lui avait trouvé son précédent poste. « La Mission Locale et Pôle Emploi sont nos 2 principaux prescripteurs », précise le gradé à la tête du centre lorrain. Mais le SMV peut aussi être découvert lors de journées défense-citoyenneté, sur des salons ou via des associations de quartier. 

 

Une formation militaire

Après avoir été sélectionnés (ils passent notamment un entretien de motivation), les nouveaux incorporés commencent par une formation militaire de 5 semaines, encadrés par 120 militaires, un nombre qui a doublé depuis 2015. « Ils apprennent les rudiments et fondamentaux de la vie militaire : se lever tôt, faire son lit au carré, marcher au pas… », cite le Lieutenant-Colonel. Les engagés doivent aussi intégrer les valeurs contenues dans le Code du Volontaire, qu’ils ont coécrit avec leurs encadrants. « Les valeurs républicaines, mais aussi la solidarité, la générosité et la tolérance. J’insiste sur la puissance du travail de groupe, pour cela il faut être généreux avec les autres et soi-même, et en ciment de cela il y a l’acceptation de l’autre dans ses différences. Ce sont nos 3 valeurs à cultiver à Montigny » ajoute-t-il.  Les jeunes bénéficient aussi d’une instruction civique et sociale, « par exemple comment utiliser sa carte vitale, des choses simples », et d’une éducation sanitaire. Et bien sûr, ils pratiquent du sport, qui inculque de nombreuses valeurs. 

« On fait énormément de sorties terrain, de bivouacs. Toute la compagnie part dans les bois, il faut s’organiser… ça m’a beaucoup plus », témoigne Thomas, qui en est à 4 mois et demi de service.

 

La remise du calot

A l’issue de cette formation, les engagés passent par « une sorte de rite, qui prouve qu’ils l’ont réussie : la remise du calot, un couvre-chef triangulaire qui leur est remis par les cadres et qu’ils portent ensuite. C’est un moment émotionnellement fort », décrit le Lieutenant-Colonel Dugast. Thomas s’en souvient encore : en tant que major de sa section, il a été mis à l’honneur, en recevant son calot par le chef de corps lui-même.
« Mes grands-parents sont venus, toute la compagnie était en rectangle et moi j’étais à l’avant, j’ai ressenti une énorme fierté, de me dire que je m’étais donné les moyens de réussir, c’était un moment très précieux. C’est aussi la 1ère occasion de porter la tenue de défilé, on était tous très fiers ».

 

Plusieurs atouts en poche

S’ensuit une formation complémentaire de 4 mois qui leur permet d’accumuler de nombreux atouts dans le but d’intégrer le marché du travail. Ils sont formés aux premiers secours, bénéficient d’une remise à niveau scolaire grâce à 2 professeurs de l’Education Nationale, et peuvent passer leur permis sans avoir à le payer. Ils effectuent également des missions citoyennes, « par exemple au profit d’Emmaüs ou des Restos du cœur », énumère leur chef de corps. 

 
Une formation professionnelle

Mais la phase la plus longue de leur engagement est une formation préprofessionnelle, qui dure entre 9 à 12 semaines, dont 3 semaines de stage en entreprise. Le 1er régiment SMV de Montigny propose pour cela 6 filières pouvant conduire à 25 métiers différents : bâtiment et travaux publics, mécanique, commerce, métiers de bouche, des services, et agricoles. Les autres centres peuvent disposer d’autres filières, comme le transport poids-lourds et la logistique au centre de Brest. La majorité des jeunes passent par des centres de formation extérieurs, comme des CFA, des GRETA ou des AFPA, mais de nombreuses entreprises sont ainsi partenaires du SMV, comme PSA, Ikea ou La Poste, et leur proposent des stages. Thomas, lui, a choisi la soudure afin de s’orienter en plomberie. D’ici quelques semaines, il va intégrer le CFAI de Yutz, pour une formation de 2 mois et demi.

 

A l’issue de cette formation professionnelle, il recevra, comme ses camarades, reçoivent son Certificat d’Aptitude Personnelle à l’Insertion (CAPI). « C’est un diplôme à haute valeur ajoutée vis-à-vis des entreprises, qui prouve que le jeune a réussi ses 3 formations, qu’il a eu un parcours remarquable, et qu’il est fiable et prêt pour un emploi », énonce le Chef de corps. « Ma mission est qu’ils s’insèrent dans la société avec un métier, qu’ils aient un projet de vie qu’ils réussissent. Car ça vaut le coup de se battre pour cette jeunesse capable de belles choses et pleine de ressources ». 

 

Bien que le centre le plus proche soit en Lorraine, le SMV commence à se faire connaître en Alsace, et convainc de plus en plus de jeunes alsaciens. Les prochains recrutements auront lieu en avril, juillet et octobre, à hauteur de 90 jeunes par incorporation. D’après le dernier contrôle effectué par la Cour des Comptes, le taux d’insertion suite au SMV est de 74%.    


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