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La folie de Carnaval


C’est une tradition qui se perpétue dans les villes et villages alsaciens. Les fêtes de carnaval rassemblent toujours autant d’adeptes qui n’ont qu’une hâte: ressortir leur costume et s’amuser.

 

La période des fêtes carnavalesques est officiellement lancée : depuis l’Epiphanie (6 janvier) et jusqu’à Mardi Gras (13 février), villes et villages alsaciens vont se parer de leurs plus beaux costumes. Que ce soit pour célébrer la venue du printemps, ou pour profiter des derniers jours précédant le jeûne du Carême, les fêtes de carnaval trouvent leur origine il y a fort longtemps. Elles sont aujourd’hui encore une tradition vivace dans de nombreuses régions, et particulièrement en Alsace.

 

Carnavals alsaciens de tous temps

Au Moyen-Âge déjà, nos ancêtres faisaient la fête pour carnaval. Alors que la vie quotidienne était organisée selon une hiérarchie stricte, c’était l’occasion pour le peuple de renverser l’ordre des choses : les enfants se déguisaient en adultes, les pauvres en riches, les maîtres en esclaves… et les femmes en hommes. C’est ainsi que le lundi précédant Mardi Gras fut appelé « Wiwerfàsenàcht » (carnaval des femmes).

 

Plus tard, juste avant la Révolution industrielle, il était coutume dans les villages alsaciens que les jeunes garçons, équipés de déguisements et de masques, s’adonnent à toutes sortes de transgressions. Ils poursuivaient notamment les jeunes filles dans les rues, et s’amusaient à faire des batailles de farine, qu’ils jetaient allègrement au visage des passants. 

 

Une autre tradition était typiquement rattachée à ces carnavals paysans, ou « Burafàsanàcht » : le « Schieweschlawe ». Cela consistait pour les jeunes gens à brûler des disques de bois et à les faire tournoyer en l’air, comme un symbole de la fin de l’hiver. Aujourd’hui encore, cette pratique est une attraction typique d’Offwiller.  

 

Après ces festivités, les plus jeunes villageois se rendaient de maison en maison, en quête de gâteaux et d’œufs ; et lorsque les habitants ouvraient leur porte, ils leur récitaient une ritournelle : «Kiechle erus! Kiechle erus ! Oder ich schla a Loch in’s Hus ! » (Des gâteaux ! Des gâteaux ! Ou je casse ta maison !). Le plus souvent, ils recevaient des « Schenkele», ces petits beignets typiquement alsaciens également appelés cuissots de dame ou cuissettes.

 

Les carnavals alsaciens se sont aussi imprégnés de la culture allemande. Alors que l’usage de ces fêtes était quelque peu tombé en désuétude au lendemain de la guerre de 1870, les Allemands les ont remises au goût du jour sous l’occupation. Des sociétés carnavalesques sont créées, dans le but d’inciter les divers secteurs professionnels à construire des chars. Les thèmes choisis pour ces défilés sont parfois traditionnels (les costumes paysans, les vieux métiers…), mais parfois aussi très actuels pour l’époque, comme l’ère coloniale qui est représentée par des costumes d’indiens ou d’Africain. 

 

Certains chars tournaient même en dérision des événements de la vie municipale, ou dénonçaient la politique, profitant de la fronde autorisée le temps de carnaval. Ainsi en 1901, lors du carnaval de Strasbourg, l’un des chars représentait un Allemand saisissant à pleine main la cathédrale sous le regard triste de deux petites Alsaciennes. 

 

A partir de 1902, et pendant 45 ans, aucun carnaval ne fut plus organisé dans les rues strasbourgeoises. Après la 1ère Guerre Mondiale, l’Etat français se montrait peu favorable aux particularismes locaux, d’autant plus que l’organisation d’un carnaval aurait facilement pu passer pour du progermanisme. Mais cela n’a pas arrêté les Alsaciens, qui transposèrent les scénarios et les décorations propres au carnaval sur les scènes de théâtre.

 

Le carnaval alsacien « le plus fou »

A travers l’histoire, de même qu’à travers les générations, carnaval est donc toujours resté une fête primordiale dans l’esprit des Alsaciens. De Lauterbourg à La Wantzenau, de Drusenheim à Reichshoffen, les communes à le célébrer sont innombrables, et les festivités vont résonner dans toute l’Alsace du Nord (voir notre agenda spécial carnaval).

 

Ainsi à Mothern, on parle carrément d’une « épidémie de joviale folie carnavalesque » qui frapperait tout le village…  Et pour cause: c’est la seule commune où les festivités ne durent pas 1, mais 6 jours ! Une ribambelle d’événements y sont organisés, du 8  au 13 février, jour de Mardi Gras. 

 

Dans les ruelles environnant la place de la Wacht, au centre du village, fanions, pancartes et mannequins masqués ont fait leur apparition, tandis que les granges et chars prennent secrètement forme, en attendant d’être dévoilés lors de la grande cavalcade du dimanche 11 février. 

 

Parmi les plus fervents carnavaliers mothernois, se trouve Gérard Meyer. Depuis sa plus tendre jeunesse, il participe à cet événement ; et suite à une période un peu plus creuse, il fait partie de ceux qui, dans les années 70, retroussent leurs manches pour redonner vie au carnaval mothernois. Ainsi en 1976, est fondé le Comité carnavalesque, qui regroupe les différentes associations participant à l’organisation du carnaval. Et dès l’année suivante, la 1ère cavalcade anime à nouveau les rues. 

 

Comme s’en souvient Gérard Meyer, né en 1948, le carnaval mothernois a connu plusieurs évolutions, mais reste attaché à certaines traditions, qui le rendent si particulier. Par exemple, il est très courant d’apercevoir en nombre des grands-mères et des grands-pères lors de cette semaine festive ; une coutume aussi étrange que typique, qu’il nous explique.

 

« Jusque dans les années 60, les gens n’avaient pas l’argent nécessaire pour s’acheter des costumes, c’était le cas dans l’aristocratie, pour les carnavals huppés, mais pas chez nous dans les patelins », se rappelle-t-il. « On faisait avec ce qu’on avait, c’est-à-dire des habits hérités de nos aînés, comme des chasubles et des « butzemandel » brodés, qui sont des capes avec des capuchons. C’est une tradition que les anciens ne veulent pas perdre ».

 

Progressivement, d’autres costumes aux couleurs plus vives ont fait leur apparition. «Dans les années 60, les gens avaient de l’argent, l’on venait de partout pour vendre des étoffes… Donc les couturières de l’époque ont pu confectionner des costumes dans du tissu carnavalesque et bariolé. Maintenant on veut des couleurs criardes, pour marquer la gaieté ; c’est aussi le sens du carnaval, d’apporter de la joie dans les maisons. Les carnavaliers venaient accompagnés de leur accordéon, pour chanter, danser, boire un verre de l’amitié et manger des beignets, raconter des blagues et titiller la politique villageoise,», raconte Gérard Meyer. L’homme tient d’ailleurs à préciser que le carnaval est l’occasion idéale pour remettre le patois mothernois au goût du jour. « On essaie au maximum de chanter en alsacien, et de raconter des blagues en alsacien, car c’est quand même autre chose ! ».

 

Une autre tradition typique de Mother, est de porter une cagoule sous son masque, pour préserver le mystère. « Même si l’on doit soulever son masque, pour manger par exemple, la cagoule permet de rester dans l’anonymat. Tout le chatouillement c’est justement que les gens veulent reconnaître celui qui amuse la galerie. Et quand on invite une dame à danser, le charme est dans le fait qu’elle ne vous reconnaisse pas tout de suite ».

 

Cette année, pour ses 70 ans, Gérard Meyer aura l’occasion d’admirer pour la 42e fois le défilé de la cavalcade. « On est fier d’avoir, encore, ce carnaval, qui permet une solidarité de tous les corps de métier à travers la confection des chars. Les carnavaliers se reconnaissent entre eux, c’est une belle équipe de marioles, ça permet de remanier la camaraderie. Et n’oublions pas les enfants qui, dès la maternelle, participent au carnaval. Ce sont eux qui un jour prendront la relève, aussi l’équipe en place fera tout pour en assurer la pérennité ».  

 

Et de conclure : « Même avec des masques, on est dans le vrai. C’est à se demander si, pendant les 355 autres jours de l’année, on n’est pas des fous ! ».  

 

Tous fous de carnaval !

 

« Je vais aux carnavals de Lauterbourg, Mothern et Roppenheim, en famille avec mon fils. C’est une habitude de longue date. C’est comme une drogue, un besoin qui se manifeste une fois l’an. Carnaval, c’est une ambiance spéciale, rien à voir avec d’autres fêtes comme Pâques ou Noël. Les défilés c’est sympa, mon fils reçoit des bonbons, et moi des bières ! On se fait taquiner par les masqués qui nous reconnaissent, alors que nous pas forcément. Dans le temps j’étais déguisé en grand-mère, mais plus maintenant ».

Jean-Claude (Wintzenbach)

 

« Je vais chaque année aux carnavals de Mothern et Roppenheim. Déjà adolescente, j’y allais avec mes parents. Je me rends au carnaval de Mothern car c’est le plus populaire de la région et le défilé reste un des plus célèbres d’Alsace, malheureusement les coutumes et les festivités au sein du village sont en train de se perdre. 

Je vais aux cavalcades en famille, mais aux soirées dansantes, j’y vais avec des amies : nous avons une dizaine de costumes identiques (gitane, indienne, pirate, charleston…), selon l’humeur et l’improvisation du jour. Pour les déguisés, c’est l’occasion de plaisanter avec les non-déguisés et de les charrier, de danser toute la soirée même avec des personnes inconnues et tout simplement de se laisser aller, vu qu’on est sensé passer incognito ».

Estelle (Niederlauterbach)

  

« Nous sommes une vingtaine de jeunes des environs, ça fait 4 années de suite qu’on participe aux défilés de Seltz, Lauterbourg, Mothern, Hoerdt et Roppenheim. Le défilé de Mothern est connu pour être le carnaval le plus fou d’Alsace, et c’est vrai qu’avec Roppenheim, pour moi, c’est le meilleur défilé chaque année. A Mothern ce qui est bien ce sont les bals, qui commencent le jeudi et qui finissent le Mardi Gras. J’y allais avec ma mère, c’est elle qui m’a emmenée depuis toute petite au carnaval. Ce qui me plaît le plus en participant à un défilé, c’est de donner des bonbons aux enfants et de les voir tout heureux ; mais aussi d’être avec mes amis, avec eux nous allons refaire un char cette année. Mais le thème je ne vais pas le dire, c’est une surprise ».

Tiffany Roman (Wintzenbach)

 

« J’ai pour habitude d’aller au carnaval de Mothern, c’est un rendez-vous incontournable. Je me rends toujours aux bals de ce carnaval pour y danser, il y a un orchestre différent tous les soirs. On y rencontre beaucoup de gens de la région car ce carnaval est très connu. 

Le carnaval permet d’oublier les tracas du quotidien, on y danse et on s’amuse. Les défilés sont toujours hauts en couleurs, on y voit des costumes et des chars variés ».

Nathalie (Roeschwoog)

 

« Mothern est un rendez-vous incontournable dans la région. C’est le carnaval de mon enfance. Sa particularité est de se rendre dans les maisons pour y raconter des blagues, des histoires qui se sont passées au courant de l’année dans le village ou pour chanter. J’aime l’ambiance, le fait de se réunir en famille, que les habitants se mobilisent ensemble pour organiser les festivités. Je participe aussi au défilé et j’aide au service en salle lors d’un bal. Actuellement, alors que les personnes communiquent de plus en plus souvent par le biais d’internet, il est important de faire en sorte que de telles traditions perdurent pour permettre aux gens de garder un lien social ».

Louise (Mothern)


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